Votre « Jeûne de Dopamine » pourrait se Retourner Contre vous

Dopamine, communément appelée l' »hormone du plaisir », fait l’objet d’une idée populaire que de nombreuses personnes choisissent de croire : se priver de tout plaisir pourrait, en théorie, permettre à notre cerveau de se « désintoxiquer » de l’addiction au dopamine. Cependant, la réalité est bien plus complexe.

La notion de « jeûne de dopamine », initiée par une simple suggestion d’un psychiatre, vise à mettre en pause nos comportements addictifs en se privant des choses que nous faisons excessivement, comme, par exemple, passer trop de temps sur les réseaux sociaux.

Or, cette idée a été mal interprétée et est devenue une tendance où les gens se privent littéralement de tout plaisir dans le but de se « désintoxiquer » du dopamine.

Qu’est-ce que le dopamine ?

Le dopamine est un neurotransmetteur, un des éléments chimiques que nos cellules cérébrales utilisent pour communiquer entre elles. Il joue certes un rôle dans les circuits de récompense du cerveau, mais contribue également à différentes fonctions comme la coordination des mouvements.

Par exemple, les tremblements et la rigidité caractéristiques de la maladie de Parkinson sont dus à une diminution des cellules produisant du dopamine dans le cerveau.

Pour autant, le dopamine n’est pas qu’un simple signal de récompense. Comme l’explique la chercheuse en neurosciences Kim Hellemans, on peut plutôt le considérer comme un signal de vigilance, nous incitant à retenir certaines informations importantes.

Il serait donc inutile, voire dangereux, de vouloir diminuer notre capacité à apprendre à repérer les dangers ou à identifier les bonnes choses à manger ou de vouloir perturber l’équilibre du sodium dans notre corps ou notre coordination motrice. De ce fait, l’accent mis sur le dopamine dans l’idée de « jeûne de dopamine » est plutôt malvenu.

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En quoi consiste le « jeûne de dopamine » ?

Dans un article sur Medium qui a donné naissance à cette tendance en 2019, le psychiatre Cameron Sepah suggérait le jeûne de dopamine comme un moyen de lutter contre nos comportements compulsifs en cas d’ennui ou de tristesse. Il décrivait cela comme une forme de thérapie cognitivo-comportementale, conseillant par exemple de planifier des moments sans réseaux sociaux si on en abuse.

Cependant, cet aspect modéré de sa proposition a été éclipsé par l’ampleur du nom qu’il a donné à cette pratique, entraînant ainsi toute une série de suppositions. Ainsi, pour vraiment jeûner de dopamine (si l’on associe le dopamine uniquement au plaisir), on devrait se priver de tout ce qui est agréable ou amusant dans notre vie.

Les adeptes de ce concept de jeûne de dopamine en viennent à interdire toutes les activités qui leur procurent du plaisir, même si ces activités sont en réalité neutres, voire bénéfiques pour leur santé, comme les interactions sociales, le fait de sortir, de lire, de faire de l’exercice, de manger ce qu’ils aiment ou d’écouter de la musique.

Quel est réellement l’effet du jeûne de dopamine sur notre corps ?

Les personnes qui pratiquent le jeûne de dopamine parlent beaucoup de « déseintoxication » du dopamine ou d’augmentation de la sensibilité de leur corps à ce neurotransmetteur pour rendre les choses banales plus appréciables. Mais ce raisonnement est basé sur un faux postulat. En effet, contrairement à la caféine ou au THC, pour lesquels une période d’abstinence peut augmenter la sensibilité du corps à leurs effets, il n’existe pas de corrélation similaire avec le dopamine qui, rappelons-le, est produit par notre corps.

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En réalité, les effets d’un « jeûne » de dopamine dépendent surtout de ce que l’on fait durant cette période de privation. Même si certains adeptes de ce jeûne affirment qu’ils passent beaucoup de temps à méditer ou à travailler, se reposer et prendre du temps pour soi sont des aspects essentiels de la vie humaine.

Au lieu de vous priver de tout ce qui vous apporte de la joie, une solution plus logique et plus saine serait de trouver des moyens de réduire le temps passé sur votre téléphone si vous estimez que c’est préoccupant. Il n’est pas nécessaire de renoncer à tout ce qui vous fait plaisir.

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